Qualité de l’air : où en est-on dans les écoles ?
26 septembre 2016

A l’occasion de la Journée nationale de la qualité de l’air, des industriels annoncent les premiers résultats d’expérimentations menées en début d’année dans des écoles. Ces établissements auront en effet l’obligation de surveiller leur air intérieur à partir de 2018. Retours d’expériences.

La rentrée est passée et plus de 6 millions d’élèves passent aujourd’hui en moyenne 6 heures par jour dans des salles de classe, des lieux clos, où les problématiques de ventilation deviennent primordiales. La pollution intérieure provient des peintures, colles et vernis des meubles et planchers, des produits d’entretien et des systèmes de chauffage et peut favoriser des symptômes comme des maux de tête ou de l’asthme. Alors que la Journée nationale de la Qualité de l’Air a lieu ce mercredi 21 septembre 2016, plusieurs industriels mettent en avant des expérimentations menées dans des établissements scolaires et portant sur l’amélioration de l’air intérieur. Car la loi du 12 juillet 2010 et le décret du 17 août 2015, rendent obligatoire la surveillance de l’air et la mise en place de mesures adéquates d’ici au 1er janvier 2018. Certaines communes anticipent cette réglementation et mènent des expérimentations depuis plusieurs mois.

L’obligation de la ventilation

C’est notamment le cas à Cergy (Val-d’Oise), où un réfectoire et une salle polyvalente d’une école maternelle située dans des modules Algeco, ont été équipées de capteurs connectés depuis le mois de janvier dernier. Ces capteurs conçus par Cybeel mesurent, toutes les 10 minutes, la température, le taux d’humidité, le dioxyde de carbone, les composés organiques volatils (COV) et les particules fines, détectent les éventuelles anomalies puis transmettent les données au personnel qui peut, le cas échéant, décider d’intervenir en ventilant davantage les locaux. Régis Litzellmann, adjoint délégué au patrimoine et aux services urbains de la ville, explique : « Dans le réfectoire de cette école pilote, lors de la préparation des repas le matin entre 10 et 11 heures, l’humidité et la température augmentent sensiblement ; il faut alors bien aérer et régénérer l’air avant l’arrivée des enfants pour le déjeuner« .

Autre expérimentation, celle menée à Marcey-les-Grèves (Manche) depuis le printemps 2016, cette fois sur les bénéfices de la ventilation naturelle en complément de la ventilation mécanique, au moyen de fenêtres de toit Velux à ouverture motorisée et programmable. L’entreprise a fait appel à l’expertise du docteur Suzanne Déoux, du cabinet Medieco Conseil & Formation, spécialiste de la qualité de l’air intérieur. Elle explique : « Dans les établissements recevant du public, la réticence à aérer les bâtiments vient souvent de la crainte de refroidir les pièces, et de causer un inconfort auprès des personnes présentes – a fortiori quand il s’agit d’enfants« . Les salles de classe seraient donc souvent insuffisamment ventilées. L’experte poursuit : « Or, en ouvrant les fenêtres seulement 10 minutes le matin, on baisse certes légèrement la température de la pièce, mais on retrouve le confort initial en très peu de temps. En revanche, cette ouverture permet de baisser les concentrations en composés organiques volatils qui se sont accumulés au cours de la nuit« . Autre enseignement, l’ouverture pendant les récréations et la pause déjeuner permettent également de réduire d’au moins 30 % le taux de CO2 lié à l’occupation humaine et ramener la qualité de l’air à un bon niveau. Selon les calculs de Velux, la température de la salle de classe chuterait, en hiver, de 1,5 °C après 10 minutes de ventilation naturelle mais retrouverait son niveau initial en 15 minutes.

L’air intérieur toujours plus concentré en polluants que l’extérieur

Rappelons qu’au mois de février dernier, le ministère de l’Environnement avait annoncé la mise à disposition gratuite de
1.000 kits de mesure de la qualité de l’air intérieur pour les écoles et crèches. Ségolène Royal expliquait alors, vouloir encourager les territoires « à prendre en compte la qualité de leur environnement, en particulier pour les personnes les plus sensibles« . Ces trousses de prélèvement du benzène et du formaldéhyde sont complétées par un guide de bonnes pratiques mentionnant les produits d’entretien et le mobilier, ainsi que sur la conception et l’entretien des systèmes de filtration-ventilation. Il est estimé qu’un air de meilleure qualité dans les salles de classe augmente les performances des enfants en calcul de 14 % (selon une publication de 2007 dans la revue HVAC&R Research). L’air intérieur est, en moyenne, cinq à dix fois plus pollué que l’air extérieur, or ce sont dans les espaces confinés que nous passons entre 80 et 90 % de notre temps. Pierre Guitton, co-fondateur de Teqoya (fabricant de purificateurs d’air), note : « Les particules fines sont le principal problème de santé publique d’après l’OMS. Or nous en respirons plus à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos lieux de vie, du simple fait du temps que nous y passons. Il est nécessaire de continuer la sensibilisation à la qualité de l’air, notamment à l’intérieur des logements« . Le mouvement s’amorce donc avec les enfants, les enseignants et les parents.

Article publié par Batiactu